La Sphère Relationnelle : Travailler la Distance en Hypnose

La Sphère Relationnelle : Travailler la Distance en Hypnose

Article de la Dr Corinne Paillette, initialement paru dans la revue internationale « Hypnose & Thérapies Brèves » n°59.

Combien de patients se plaignent de ne pas trouver leur place ou de ne pas se sentir à la bonne place ? Certains se sentent exclus, d’autres trouvent que leur entourage (collègue, patron, partenaire) est trop intrusif ou, au contraire, trop distant. En hypnose, nous pouvons intervenir sur ces interactions relationnelles en agissant sur les représentations mentales, les croyances, les émotions et les sensations corporelles. Comment permettre au patient en hypnose d’agir sur ces comportements et les interactions relationnelles ? Voici un outil précieux pour travailler la distance en hypnose.

L’outil présenté ici combine une variante de la technique des mains de Rossi à un travail créatif imaginaire utilisant la métaphore des planètes et de leurs distances cosmiques. Son objectif est d’induire un changement de distance et de comportement entre le patient et son entourage.

À l’IMHEN, nous intégrons ces protocoles créatifs dans nos formations. Découvrez cet article de notre formatrice, le Dr Corinne Paillette, qui détaille une approche innovante.

Repérer les difficultés de distance en hypnose : Le concept de « Volume Extérieur »

Cette technique est particulièrement indiquée lorsque le patient exprime des difficultés relationnelles claires ou lorsque le thérapeute repère un problème de proxémie (la distance de sécurité) dont le patient n’a pas conscience. L’observation de indices extérieurs simples, dès la salle d’attente ou lors de la poignée de main, permet de poser un premier diagnostic basé sur le « volume extérieur » :

Illustration conceptuelle de la distance en hypnose et de l'espace personnel
  • Le volume extérieur trop grand : Le patient est envahissant. En salle d’attente, il s’étale, occupe plusieurs places, parle fort à des inconnus, se montre parfois trop familier ou indiscret.
  • Le volume extérieur trop petit : Le patient est effacé et ne prend pas de place. Il s’assied au bout de sa chaise, serre la main du bout des doigts, parle à peine distinctement et supporte mal l’examen.

Illustrations cliniques : Trois profils de volumes trop grands

Pour illustrer l’application de cette méthode, voici trois situations cliniques de patientes présentant un volume extérieur trop grand :

Madame A : Un volume extérieur envahissant

  • Madame A. (53 ans) : Souffrant d’un état dépressif, elle se montre extrêmement envahissante en consultation (remarques de séduction, conseils non sollicités, difficulté à quitter le cabinet). Professionnellement « mise au placard », elle ne perçoit pas son côté intrusif et ne ressent que le rejet des autres.

Madame B : La difficulté du lâcher-prise familial

  • Madame B. (73 ans) : Très investie auprès de sa belle-fille et de ses petits-enfants après un drame familial, elle réalise que son petit-fils de 13 ans exprime un besoin d’émancipation. L’exercice lui permettra de lâcher prise, de se déculpabiliser et de retrouver sa liberté tout en préservant son rôle affectueux.

Madame C : La somatisation de l’espace personnel

  • Madame C. (35 ans) : Souffrant d’une sciatique chronique l’obligeant à rester debout, elle occupe l’espace de manière permanente pour « exister » face à un mari gravement malade. Lors de l’exercice, elle traverse une forte bouffée émotionnelle (sensation de trou noir), qui sera ensuite transformée en calme et apaisement via ses ressources internes.

Le Script de l’exercice : La Sphère Galactique

L’exercice s’appuie sur une trame ajustable (pouvant aussi utiliser la métaphore des atomes ou des ions). Le patient est installé de manière tonique (position « tabouret »), assis ou debout, les pieds ancrés au sol, les mains levées à hauteur des épaules, paumes face à face :

Positionnez les mains comme si… elles tiennent une boule… une sphère… transparente… avec un espace… de vide à l’intérieur… comme le vide intersidéral. Observez cet espace à l’intérieur… après une grande inspiration, les paupières peuvent se fermer sur l’expiration, tout en gardant derrière l’écran des paupières l’image de cette sphère… qui peut représenter par exemple notre galaxie… ou une autre galaxie…

J’invite cette partie de vous très attentive, qui observe, à imaginer… à vous représenter… à faire entrer à l’intérieur… une planète qui représente votre planète… avec sa forme… sa taille… sa couleur, peut-être des anneaux autour… et d’observer la façon dont elle se déplace… ou si elle reste stable. Quand c’est fait, la tête me fait un petit signe…

Exercice des mains de Rossi pour modifier la distance en hypnose

Et puis, tranquillement, à votre rythme, juste comme ça, laissez cette partie créative de votre esprit faire venir, faire entrer dans cet espace la planète qui représente votre mari (ou patron, ou mère, etc.)… et observer sa taille… sa forme… sa couleur… ainsi que la distance par rapport à votre planète… Et quand c’est fait, la tête me fait un signe… C’est bien… d’observer comment elles se déplacent l’une par rapport à l’autre, si elles s’attirent, se repoussent, tournent l’une autour de l’autre… et d’observer si cette distance est correcte, si elle vous convient… s’il y a quelque chose à changer… à modifier… de sorte que tout soit à la bonne place… à la juste place… de trouver la bonne distance, toujours pour que ce soit le mieux pour vous…

Extrait de dialogue thérapeutique

Dès qu’un signe de malaise corporel ou un mouvement survient, le thérapeute intervient pour guider le changement :

Thérapeute : Et là, c’est comment, là ? Qu’est-ce qu’il se passe ?
Patient : Elle est trop proche de la mienne (externalisation du problème dans l’espace entre les mains).

Th. : Oui, et qu’est-ce qu’il se passe là, dans le corps ? (Objectif : ramener aux sensations pour internaliser).
P. : Je ne sais pas.

Th. : C’est où ?
P. : Je ne sais pas.

Th. : Observez… Peut-être une sensation… dans les mains… ou dans le corps : en haut, au milieu, en bas ?
P. : … En haut, la tête…

Th. : Oui, en haut… Ça fait quoi ?
P. : ???

Th. : Ben, je ne sais pas moi… peut-être que ça chauffe… ça pique… Ça fait un poids ?
P. : Oui, ça tourbillonne (internalisation de la sensation du problème).

Th. : Oui. OK. Et qu’est-ce qu’il faudrait faire ?
P. : M’éloigner (solution).

Th. : D’accord, faites ça… laissez votre planète s’éloigner… et quand c’est fait, la tête me fait un petit signe.
(Le patient fait un signe de tête – Externalisation de la solution).

Th. : Bien… très bien… et là, c’est comment ?
P. : C’est mieux (mise en place du changement).

Th. : Mieux comment ? Y a quoi ?
P. : C’est plus léger (sensation).

Th. : Plus léger… c’est bien (ratification). Prenez le temps d’observer ça, cette légèreté… C’est où ?
P. : Au milieu (internalisation de la sensation).

Th. : Au milieu… très bien… Est-ce que c’est convenable comme ça ?
P. : Oui.

Th. : Gardez cette sensation bien précieusement… là… un peu comme un cadeau que vous vous faites à vous-même (ancrage). Gardez de cette séance d’hypnose ce qui est utile et intéressant pour vous… afin de vous en resservir plus tard quand vous en aurez besoin (suggestion post-hypnotique).

Pourquoi ce processus fonctionne-t-il ?

Le travail peut s’effectuer avec seulement deux planètes (le patient et le conjoint) ou s’élargir à tout un système relationnel (famille, collègues, parents). Le succès de cette technique repose sur quatre étapes clés qui mobilisent la chaîne d’apprentissage de l’expérience :

Les 4 étapes clés du changement thérapeutique

  1. Externalisation du problème : Les difficultés conceptuelles et relationnelles sont projetées dans l’espace imaginaire délimité par les mains.
  2. Internalisation sensorielle du problème : Le patient reconnecte l’image mentale à ses sensations corporelles désagréables (poids, tourbillon, chaleur).
  3. Externalisation de la solution : Le mouvement physique des mains ou la modification imaginaire de la distance permet au patient d’agir concrètement sur la situation.
  4. Internalisation de la solution et ancrage : Le patient ressent le bien-être (légèreté, calme) lié au changement et l’ancre au niveau corporel.
deux planetes imhen hypnose corinne paillette

En sollicitant une double catalepsie (des bras et des mains) qui stabilise la transe, et en favorisant une implication active du mouvement, cet exercice offre une structure hautement créative permettant à chacun de trouver sa juste place parmi les autres.

À propos de l’auteure

La Dr Corinne Paillette est médecin généraliste au Havre et pratique l’hypnose depuis quinze ans. Formée initialement à l’IMHE de Normandie (IMHEN) en 2004, puis à l’Institut Émergences en 2016, elle a rejoint l’équipe de formateurs de l’IMHEN en 2018.

Créé le: 1 juin 2026. Dernière Mise à jour: 1 juin 2026